Entre chaleur et sécheresse, comment bien vivre l’été Grīṣma
par Ingrid Charoud
Practicienne Ayurvédique
Grīṣma : comprendre l’été selon l’Āyurveda
Une même dynamique dans les saisons, la lune et le souffle
L’Āyurveda observe la nature à travers les qualités et les mouvements qui l’animent. Ces dynamiques se retrouvent à toutes les échelles : dans les saisons, dans les cycles lunaires, dans le souffle et même dans nos états intérieurs.
À ce titre, Grīṣma, l’été, correspond à une phase d’expansion maximale.
Dans le cycle solaire, le soleil atteint son apogée au moment du solstice d’été. La lumière est à son maximum, les journées sont les plus longues de l’année et toute la nature semble rayonner vers l’extérieur.
Cette même dynamique peut être mise en parallèle avec la phase de pleine lune, moment où l’énergie lunaire est elle aussi à son point culminant avant d’amorcer son retour vers l’intériorité.
On retrouve également ce mouvement dans le souffle. La saison de l’été peut être comparé à la fin de l’inspiration et au début de la suspension haute (antara kumbhaka), cet instant où l’expansion est complète avant que le souffle n’entame naturellement son retour vers l’intérieur.
Dans notre physiologie, cette force d’expansion est gouvernée par Vyana Vāyu , le sous-dosha de Vāta responsable de la circulation et de la diffusion de l’énergie dans l’ensemble du corps.
Ainsi, durant Grīṣma, l’énergie est naturellement tournée vers l’extérieur : nous avons davantage envie de mouvement, de rencontres, d’expériences et d’ouverture au monde.
Mais comme tout cycle, cette phase d’expansion porte déjà en elle le mouvement suivant. Après avoir atteint son point culminant au solstice d’été, la nature amorce progressivement un retour vers l’intériorité qui se manifestera pleinement dans les saisons suivantes.
Les effets de l’été sur le corps
Si la nature semble généreuse, la chaleur exerce également une force d’extraction. Progressivement, elle retire l’humidité de la terre et accentue les qualités de chaleur et de sécheresse.
Dans le corps, il en est de même :
- Pitta, la chaleur s’accumule.
- Agni (le feu digestif) s’affaiblit.
- Vata peut s’aggraver à cause de la sécheresse et de l’excès de mouvement.
La chaleur est davantage concentrée à la périphérie du corps laissant notre agni (force digestive faible). C’est pourquoi beaucoup de personnes ressentent moins d’appétit pendant l’été, une fatigue, de l’irritabilité.
Comment équilibrer l’été ?
Nous allons veiller durant cette saison à ne pas trop accumuler de chaleur pour tempérer le dosha Pitta.
Les principes alimentaires
L’été n’est pas une saison de purification intensive.
Il est préférable d’éviter :
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les jeûnes prolongés,
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le saut de repas,
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les cures détox agressives,
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les excès de grillades et de viande.
Privilégier :
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concombre,
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courgette,
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fenouil,
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tomates bien mûres,
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fruits de saison comme l’abricot, le cassis ou la groseille.
Même si les crudités sont attirantes lorsqu’il fait chaud, elles restent plus difficiles à digérer lorsque le feu digestif est affaibli. Les légumes cuits et les repas légers sont souvent mieux tolérés.
Les saveurs à favoriser
Saveur douce madhura
Nourrit les tissus, soutient l’hydratation et aide à préserver les réserves de l’organisme.
OÙ LA TROUVER ?
Fruits mûrs, légumes doux, céréales, lait, ghee.
Saveur acide amla
Humidifie, rafraîchit et favorise l’évacuation de la chaleur grâce à son action d’anulomana.
OÙ LA TROUVER ?
Citron, grenade, tamarin, amalaki, fruits de saison.
Saveur salée Lavana
Favorise la circulation des liquides et contribue au maintien de l’équilibre hydrique.
À UTILISER AVEC MODÉRATION
Utiliser une bonne qualité de sel, ainsi riche en minéraux et oligo-éléments comme le sel marin non raffiné ou encore le sel de roche (Saindhava)qui plus est, est moins chauffant.
Une pointe de saveur piquante Katu
Stimule Agni et soutient la digestion lorsqu’il est faible, sans augmenter excessivement la chaleur.
À UTILISER EN PETITE QUANTITÉ :
Fenouil, coriandre, gingembre frais (en faible quantité), cardamome.
L’importance de l’hydratation
L’objectif n’est pas seulement de boire davantage mais de préserver les liquides nourriciers du corps (Rasa Dhatu).
Vous trouverez une idée de boisson hydratante et rafraîchissante dans l’article suivant.
La régularité
Nous veillerons durant cette saison à garder uné régularité, du rythme pour contenir Vāta. Soit, manger à heures régulières en petite quantité.
Hygiène de vie et soins ayurvédiques pour l’été
Durant l’été, il est bénéfique d’organiser ses activités en harmonie avec le rythme naturel de la journée. Les premières heures du matin et la fin de journée offrent une fraîcheur précieuse qui permet de préserver son énergie tout en limitant l’accumulation de chaleur dans l’organisme.
C’est également une période où l’on privilégiera une activité physique douce et modérée. Les exercices intenses pratiqués aux heures les plus chaudes peuvent rapidement épuiser les réserves du corps et accentuer les déséquilibres liés à la chaleur.
Lorsque cela est possible, recherchez la proximité de l’eau : une promenade au bord d’une rivière, une baignade dans un lac, quelques heures passées près de la mer ou simplement un moment de repos dans un lieu ombragé permettent de contrebalancer naturellement les effets de la chaleur estivale.
Enfin, les bains de lune constituent une pratique particulièrement appréciée durant cette saison. S’exposer quelques instants à la lumière lunaire, notamment autour de la pleine lune, favorise une sensation de calme, de fraîcheur et d’apaisement, tout en accompagnant le mouvement naturel de retour vers l’intériorité qui s’amorce progressivement après le solstice d’été.
Pour apaiser Pitta, vous pouvez également déposer quelques compresses ou cotons imbibés d’hydrolat de rose sur les yeux, qui sont considérés comme l’un des principaux sièges de Pitta dans le corps.
Les bains de pieds tièdes ou légèrement frais sont également très appréciés en fin de journée.
Soutenir les muqueuses avec le Pratimarśa Nasya
La chaleur et la sécheresse estivales peuvent parfois se manifester au niveau des muqueuses, notamment dans les voies respiratoires supérieures. Pour les préserver, l’Ayurveda recommande une pratique simple et précieuse : le Pratimarśa Nasya.
Cette forme douce de Nasya consiste à appliquer quotidiennement quelques gouttes d’huile adaptée dans chaque narine afin de nourrir, protéger et humidifier les muqueuses.
Selon vos besoins et la chaleur ambiante, vous pouvez utiliser un mélange composé de moitié ghee et moitié huile de tournesol, ou encore de l’huile de coco lorsque les températures sont particulièrement élevées.
Pratiqué régulièrement, le Pratimarśa Nasya aide à compenser les effets asséchants de l’été, favorise le confort respiratoire et participe au maintien de l’équilibre de Vata durant cette saison.
Préserver sa vitalité
Enfin, chaque été possède sa propre signature : plus sec, plus humide, plus chaud ou plus tempéré.
Observer les qualités de la saison permet d’adapter son alimentation et son mode de vie au plus juste.
L’objectif n’est pas de lutter contre l’été mais d’ accompagner son mouvement naturel tout en préservant ses réserves d’énergie, son hydratation et son équilibre digestif.
Si vous souhaitez approfondir cette approche des saisons, vous retrouverez toutes ces informations dans l’Agenda Kālavidyā, conçu pour vous accompagner tout au long de l’année dans l’observation des cycles lunaires, des saisons et de leurs résonances en vous.
Ingrid
Ingrid Charoud
PRACTIENNE AYURVEDA à St Georges d’Espéranche, Isère, Rhône-Alpes & en visio
Infirmière de profession, j’ai toujours été attirée par la connaissance de soi et une approche holistique de la santé. Mon parcours m’a menée vers l’Ayurveda, le yoga, la méditation et les soins sonores. Formée à ces pratiques, j’ai choisi en 2020, après dix ans en libéral, de me consacrer à « Au Jardin Sonore », un projet né de mon cheminement personnel et de ma passion pour le bien-être global.