Automne Śarad en Āyurveda
comprendre le changement de saison et accompagner son organisme
par Ingrid Charoud
Practicienne Ayurvédique
L’automne nous invite progressivement à ralentir, à évacuer ce qui est en excès et à revenir vers l’intérieur, c’est une phase de dépouillement.
L’automne ne commence pas nécessairement au même moment selon que l’on se réfère au calendrier grégorien ou à une lecture ayurvédique des cycles de la nature.
En Āyurveda, les saisons et les intersaisons sont observées à travers les mouvements de la nature, les qualités qui se manifestent progressivement et les cycles lunaires.
Cette année, en 2026, l’entrée dans l’automne est ainsi située autour du 11 août, avec une période d’intersaison qui accompagne progressivement le passage d’une saison à l’autre.
L’automne est officiellement marqué autour du 13 août, en lien avec la lune noire du 12 août.
Pourquoi les dates des saisons peuvent-elles varier ?
Les dates sont ajustées en fonction de la lune de l’année : ses différentes phases — pleine lune, lune noire — ainsi que son mouvement croissant ou décroissant.
Cela donne une lecture différente de celle du calendrier grégorien.
Dans notre calendrier habituel, l’équinoxe et le solstice marquent le début astronomique des saisons.
Ainsi, en 2026, le 23 septembre marque le début de l’automne dans le calendrier grégorien.
En Āyurveda, cette période correspond davantage au pic de la saison.
Car lorsque l’on observe réellement la nature, on constate que les changements commencent bien avant la date officielle.
La lumière diminue progressivement, les journées raccourcissent, les températures commencent à varier. Les changements apparaissent d’abord dans le subtil avant de devenir pleinement perceptibles sur le plan physique.
Nous entrons dans Dakṣiṇāyana, la seconde moitié du cycle solaire selon la tradition ayurvédique.
En Ayurveda, l’année est traditionnellement divisée en deux grandes périodes de six mois, marquées par le mouvement apparent du Soleil :
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Uttarāyaṇa : les six premiers mois, lorsque le Soleil poursuit sa course vers le Nord. Cette période est associée à une dynamique davantage tournée vers l’expansion, l’extériorisation et la croissance. Elle est apparentée à la phase croissante de la Lune.
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Dakṣiṇāyana : les six mois suivants, lorsque le Soleil poursuit sa course vers le Sud. Cette période invite davantage à l’intériorisation, au ralentissement et au retour vers soi.
Elle est peut être mise en résonance avec la phase décroissante de la Lune, qui symbolise elle aussi un mouvement de retour vers l’intérieur, de dépouillement et d’intégration.
Dakṣiṇāyana nous invite ainsi à accompagner naturellement ce mouvement : ralentir, écouter davantage, se tourner vers l’intérieur et laisser mûrir ce qui a été semé au cours de la première partie de l’année.
C’est un temps propice pour observer nos rythmes, accueillir le changement de saison et nous mettre à l’écoute de ce qui demande aujourd’hui davantage d’espace, de repos et d’intériorité.
Śarad, la saison de l’automne
L’automne, Śarad, possède ses propres qualités.
Contrairement à l’hiver qui s’installe progressivement, l’automne est souvent caractérisé par une alternance : des journées encore chaudes peuvent côtoyer des matinées et des soirées fraîches.
C’est ce que nous appelons parfois l’été indien.
Ces variations sollicitent notre organisme et peuvent favoriser certaines perturbations de Vāta.
Dans le même temps, la chaleur accumulée durant l’été peut continuer à se manifester.
En Āyurveda, Pitta, constitué des qualités de chaud et d’humide, s’aggrave dès le début de l’automne avec l’humidité causée par les orages et pluies sur une chaleur bien présente.
La chaleur accumulée peut alors se manifester par une sensation de chaleur, une soif importante, des brûlures digestives, un transit accéléré, de la fatigue, des manifestations inflammatoires, un sommeil réduit ou encore une plus grande intensité émotionnelle.
La colère, par exemple, peut être ressentie comme une émotion particulièrement « chaude ».
De Vyāna Vāyu à une énergie plus descendante
Durant l’été, l’énergie est davantage centrifuge et tournée vers l’extérieur, la chaleur est concentrée en la périphérie du corps. Les canaux (Srotas) se dilatent et emmagasinent la chaleur . Les éléments air et Feu dominent.
Vyāna Vāyu, le souffle qui distribue et diffuse prédomine.
Puis, progressivement, un mouvement descendant se met en place.La chaleur accumulée l’été tend à s’aggraver avec l’arrivée de l’humidité automnale.
Apana vayu est stimulée pour évacuer la chaleur par le bas, il libère son énergie de l’intérieur vers l’extérieur principalement par le tragus intestinal.
C’est le retour de l’énergie à la Terre
Une accumulation de ces qualités : chaleur, humidité, que ce soit à travers notre alimentation ou en lien avec les conditions météorologiques, peut accentuer ce déséquilibre.
Mais tout dépend aussi de la manière dont nous avons vécu notre été.
Avons-nous suffisamment récupéré ?
Avons-nous beaucoup sollicité notre organisme ?
Avons-nous consommé en excès des substances asséchantes ?
Notre état à l’entrée de l’automne dépend en partie de ce que nous avons vécu durant les mois précédents.
Accompagner naturellement la transition
La nature nous offre également ce dont nous avons besoin.
À cette période apparaissent des fruits aux qualités intéressantes : raisin, figues, poires, prunes…
Ils présentent notamment des qualités sucrées Madhura, légèrement acides Amla et astringentes Kashaya.
Leur caractère légèrement laxatif peut accompagner les fonctions naturelles d’élimination.
Le raisin peut notamment être intéressant. La peau et les pépins apportent une dimension astringente et peuvent être bien mastiqués.
En présence d’Āma (de toxines), il peut être préférable de privilégier le jus de raisin, plus doux.
La figue demande davantage de modération car elle est relativement lourde pour la digestion : deux figues peuvent suffire.
Un jus de pruneau chaud au coucher peut également être utilisé selon les besoins.
Et les fondamentaux restent essentiels : une hydratation suffisante et un sommeil de qualité, en quantité suffisante.
L’automne, une invitation à se nettoyer et à revenir vers soi
L’automne et le printemps sont deux périodes particulièrement intéressantes pour accompagner les processus naturels de nettoyage.
Mais leur dynamique n’est pas la même.
Au printemps, nous nous délestons de l’inertie de la saison froide pour nous préparer à l’expansion de l’été.
À l’automne, nous évacuons plutôt le trop-plein accumulé durant la période chaude.
Nous pouvons alors commencer à nous délester de ce qui nous a « oxydés », à faire le bilan de nos expériences et à observer ce que nous souhaitons conserver ou laisser derrière nous.
C’est aussi une période intéressante pour reprendre une Sādhanā, une pratique personnelle régulière, ainsi que certaines routines de soin et de nettoyage, notamment du nez avec le jala neti.
Retrouvez la vidéo de pratique ici :
Tout cela participe à retrouver davantage de clarté, de discernement et d’intériorité.
Un nettoyage adapté à chacun
Lorsque je parle de nettoyage d’automne, il ne s’agit surtout pas de proposer un protocole universel.
L’Āyurveda regarde toujours la personne dans son contexte.
Quelle est sa vitalité ?
Comment fonctionne son Agni, son feu digestif ?
Quel est son Koṣṭha, la nature de ses intestins ?
Quel est son âge ?
Comment a-t-elle vécu son été ?
Quelles sont ses habitudes alimentaires et son hygiène de vie ?
Nous n’avons pas tous les mêmes besoins.
C’est pourquoi un accompagnement personnalisé auprès d’un praticien en Āyurveda peut être pertinent lorsqu’une démarche plus spécifique est envisagée.
Et parfois, un simple ajustement de l’alimentation en fonction de la saison peut déjà faire beaucoup.
Quelques pistes peuvent être envisagées selon les personnes : diète de raisin, monodiète de Kitchari, monodiète de pommes cuites, jeûne intermittent ou encore monodiète de fruits ponctuelle.
Attention, pour pitta, les fruits se mangent mûr, à point car pas assez ou trop aggravent Pitta en une qualité Amlavipāka caractérisé par une odeur aigre et acide qui vient polluer notre agni.
Finalement, ce que nous enseigne l’Āyurveda avec les saisons, c’est peut-être surtout d’apprendre à observer.
Observer :
🌿 la nature
🌙 le cycle lunaire
🔥 notre vitalité
🌬️ notre respiration
🍽️ notre digestion
😴 notre sommeil
🧘♀️ notre état intérieur, nos émotions, notre mental
Il ne s’agit pas de suivre un calendrier de manière rigide, mais de devenir plus sensible aux changements qui sont déjà en train de se produire autour de nous et en nous.
Retrouver les dates des saisons ayurvédiques
Si vous souhaitez suivre plus précisément les dates des saisons et des intersaisons en Āyurveda, vous pouvez vous référer à l’Agenda Kalavidyā.
Il permet de retrouver ces différents repères et de mieux observer les cycles qui rythment notre environnement et notre quotidien.
Je vous souhaite un beau passage vers l’automne, à l’écoute des mouvements de la nature et de votre propre rythme.
Ingrid
Ingrid Charoud
PRACTIENNE AYURVEDA à St Georges d’Espéranche, Isère, Rhône-Alpes & en visio
Infirmière de profession, j’ai toujours été attirée par la connaissance de soi et une approche holistique de la santé. Mon parcours m’a menée vers l’Ayurveda, le yoga, la méditation et les soins sonores. Formée à ces pratiques, j’ai choisi en 2020, après dix ans en libéral, de me consacrer à « Au Jardin Sonore », un projet né de mon cheminement personnel et de ma passion pour le bien-être global.