L’intersaison Sandhi ṛtu selon l’Āyurveda
par Ingrid Charoud
Practicienne Ayurvédique
En Ayurveda, l’intersaison porte un nom :
Sandhi ṛtu
- Sandhi signifie « jonction », « liaison »
-
ṛtu signifie « saison »
Le mot sandhi évoque l’idée d’un passage, d’un point de rencontre entre deux états. Dans le corps, il désigne aussi les articulations : ces espaces de liaison qui permettent le mouvement et l’adaptation.
En sanskrit, le sandhi est également un phénomène linguistique subtil et harmonieux : la fusion de deux sons adjacents pour créer une continuité fluide. Une langue presque musicale, où les mots se rejoignent naturellement comme une poésie vivante.
Par exemple, lorsque deux sons « a » se rencontrent, ils fusionnent en « ā » :
Gomukha āsana devient Gomukhāsana, la posture du mufle de vache.
Cette notion de vibration et d’harmonisation fait profondément écho à notre propre nature. Car notre corps est lui aussi un instrument vibrant, en interaction permanente avec son environnement.
L’intersaison devient alors un temps de réaccordage.
Prendre conscience de cette période et en respecter le rythme permet à notre organisme de se mettre au diapason de la nouvelle dynamique qui s’installe.
Une transition entre deux énergies
L’intersaison est la liaison entre deux saisons, deux mouvements énergétiques. En Ayurveda, ces transitions s’observent toujours à travers les qualités fondamentales :
- chaud / froid
- humide / sec
Entre le printemps et l’été, nous quittons progressivement une dynamique humide et fraîche pour entrer dans une saison dominée par le chaud et le sec.
Dans la nature, les Vāyu — les forces de mouvement — se réorganisent. Les journées alternent encore entre chaleur croissante et retours d’humidité printanière. Les célèbres « saints de glace » illustrent parfaitement cette période de flottement climatique : un mélange de froid et d’humidité au cœur même de la montée vers l’été.
Au printemps, la terre retient l’eau pour nourrir la végétation. Les feuilles se chargent d’humidité afin de préserver la fraîcheur nécessaire pendant l’été.
Notre corps fonctionne de la même manière.
Nous avons besoin d’être suffisamment hydratés avant l’arrivée de la saison sèche. Car si nous entrons en été déjà déshydratés, où le corps ira-t-il puiser ses réserves ?
La vitalité s’affaiblit, la chaleur interne augmente et l’organisme peine davantage à se refroidir.
En Ayurveda, on revient toujours à cette recherche d’équilibre entre :
- Agni : la force solaire, transformative
- Soma : la force lunaire, nourrissante et rafraîchissante
Lever les obstructions pour préparer l’été
Durant l’hiver puis le printemps, le corps accumule naturellement davantage de mucus et de lourdeur. Si ces excès ne sont pas éliminés, ils stagnent dans les srotas, les canaux de circulation du corps.
Or, à l’approche de l’été, l’énergie change de direction : la chaleur quitte progressivement le centre pour aller vers la périphérie.
Tout ce qui n’a pas été nettoyé auparavant peut alors « chauffer » en surface, créant fatigue, congestion et inflammation.
Le corps perd peu à peu sa capacité naturelle de refroidissement.
Cette période est donc essentielle pour permettre un réajustement immunitaire.
Lorsque āma (les toxines) et kapha (l’énergie d’eau et de terre) bloquent les srotas, la circulation devient plus difficile :
- sensation de lourdeur
- jambes gonflées
- fatigue
- terrain allergique plus sensible
- stagnation lymphatique
Les femmes peuvent ressentir cette congestion plus intensément, notamment dans la région du bassin, naturellement liée aux éléments eau et terre chez elle.
Pourquoi l’agni est plus fragile en intersaison ?
Pendant cette phase de transition, Agni, le feu digestif, s’affaiblit naturellement.
Le corps dépense beaucoup d’énergie pour s’adapter aux changements extérieurs : température, humidité, rythme, luminosité.
C’est pourquoi l’Ayurveda recommande de simplifier et soutenir l’organisme plutôt que de le surcharger.
Conseils ayurvédiques pour traverser l’intersaison
Alléger la digestion
L’intersaison est une période idéale pour réduire la charge digestive :
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alimentation plus légère
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monodiète ponctuelle
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jeûne intermittent doux
L’objectif est de soutenir le nettoyage naturel du corps sans l’épuiser.
Soutenir le mouvement et la circulation
Comme Vata dosha gouverne tous les mouvements du corps, il peut facilement être perturbé pendant les transitions saisonnières.
Quelques pratiques peuvent aider :
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automassage à l’huile pour apaiser et nourrir le système nerveux
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brossage à sec avant la douche, le matin
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Udvartana (massage ayurvédique aux poudres) chez un praticien
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activité physique régulière mais adaptée à son énergie
Le mouvement aide à relancer la circulation et à libérer les stagnations.
Nettoyer et stimuler les voies respiratoires
Le nettoyage du nez est particulièrement intéressant à cette période :
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Jala Neti
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Sutra Neti
Ces pratiques aident à dégager les voies respiratoires, à limiter les accumulations de mucus et participent à retrouver une clarté mentale. » Le nez est la porte d’entrée du cerveau ».
Ingrid Charoud
PRACTIENNE AYURVEDA à St Georges d’Espéranche, Isère, Rhône-Alpes & en visio
Infirmière de profession, j’ai toujours été attirée par la connaissance de soi et une approche holistique de la santé. Mon parcours m’a menée vers l’Ayurveda, le yoga, la méditation et les soins sonores. Formée à ces pratiques, j’ai choisi en 2020, après dix ans en libéral, de me consacrer à « Au Jardin Sonore », un projet né de mon cheminement personnel et de ma passion pour le bien-être global.